Groupes de Reflexion

Armement et Economie de Défense

2016 - 2018

 

1 – Essai de prospective à long terme (50 ans) dans le domaine de l’armement.

2 – La robotisation des armements

3 – Quelle spécialisation pour l’industrie française d’armement ?

4 – L’Iran : risque ou opportunités ?

5 – Le terrorisme

6 – Les entreprises de services de sécurité et de défense (ESSD)

7 – La sécurité dans la 3ème dimension

8 – Quelles Forces Spéciales françaises en 2020-2025 ?

9 – La défense européenne post-Brexit

 

1 – Essai de prospective à long terme (50 ans) dans le domaine de l’armement.

La prospective à 50 ans parait à la plupart d’entre nous difficile, voire impossible. La prospective à 100 ans, a fortiori, s’apparenterait à la science-fiction.

Des efforts en ce sens pour un horizon à 50 ans sont cependant possibles et utiles et même un regard à plus long terme ne serait sans doute pas complètement dénué d’intérêt.

Les développements techniques des dernières décennies s’appuient sur des découvertes fondamentales qui ont toutes été faites avant 1950 et souvent peu après ou autour de 1900 période d’or des Planck (1858-1947), Rutherford (1871-1937), Einstein (1879-1955) ou Marie Curie (1867-1934) et bien d’autres, Maxwell (1831-1879) étant un précurseur. L’électronique date de l’invention de la triode par Lee de Forest en 1906 et de celle du transistor par William Shockley en 1948. Le développement de l’aéronautique repose jusqu’en 1950 sur le moteur à explosion dont l’invention remonte à la fin du dix-neuvième siècle puis sur le réacteur inventé autour de 1940.

L’examen attentif de l’état de la science aujourd’hui devrait donc permettre, de donner des indications pour un avenir très lointain. Les GR des années 1900-1910 auraient pu faire de la prospective à 50 ans, voire 100 ans, même s’ils auraient oublié l’arme nucléaire, pour laquelle le passage de la découverte du principe de la fission à la réalisation de l’arme a été particulièrement rapide. On sait pourquoi !

A titre d’exemples, la biologie d’une part, dont la « re-naissance » date de la découverte de la structure en double hélice de l’ADN en 1953 et le calcul quantique dont on ne sait pas s’il sera possible un jour peuvent être des pistes pour le futur lointain.

L’objet du groupe est donc de distinguer les tendances à long terme de l’évolution des armements à la lumière des progrès actuels de la science.

Pour mémoire, ce sujet a déjà été régulièrement abordé dans le passé, sous des formes plus ou moins proches : un GR de 2008 avait pour thème « Les ruptures technologiques », où il est question de prospective à 50 ans. Dans le cycle de réflexion 2012-2014, le GR « Prospective 2040 rêves de concepts militaires futurs » s’est placé à un horizon de 25-30 ans. Le groupe veillera donc à bien se démarquer de ces travaux antérieurs.

 

2 – La robotisation des armements

Malgré les progrès faits, depuis des décennies et surtout depuis quelques années, dans l’automatisation de la conduite des armements, on ne peut pas dire que les armées actuelles sont « robotisées ». Les drones, qui sont télépilotables, ne sont pas des robots et les nombreux missiles qui pourtant se dirigent automatiquement vers leur cible par différemment moyens, ont encore des procédures de guidage trop simples pour pouvoir être considérés comme des robots. De même le « Félin », s’il permet d’améliorer l’efficacité (et surtout la protection) du fantassin, ne le transforme pas en robot ni ne se constitue lui-même en robot.

Il s’agit donc bien là d’une de ces nombreuses inventions qui, contrairement à d’autres, malgré des progrès évidents en laboratoire, ne se matérialisent pas vraiment encore par des équipements en service.

La question est donc multiple : les robots pénètreront-ils dans les armées, quand et à quel rythme ? Ne seront-ils que des aides au service des combattants et des auxiliaires pour des tâches ancillaires ? Verra-t-on au contraire certains combattants remplacés par des robots autonomes et armés ? Peut-on même imaginer des essaims de robots ?

Les questions éthiques ayant été traitées et pouvant éventuellement continuer à être traitées par ailleurs le groupe se concentrera sur les aspects techniques et opérationnels.

Pour mémoire, ce thème a déjà été régulièrement abordé sous différents aspects : en 2010 (L’éthique des robots) et 2012 (L’homme dans les systèmes de défense).

 

3 – Quelle spécialisation pour l’industrie française d’armement ?

La question de la spécialisation éventuelle, par abandon de certaines activités, est une question cruciale pour la conduite d’une entreprise, et nombreuses sont celles qui n’ont pas su le faire à temps et en ont subi de lourdes conséquences. Il en est de même pour les secteurs industriels dans un pays, avec une difficulté supplémentaire qui est l’absence de centralisation du processus de décision. Il est des secteurs qui ont disparu faute de s’être spécialisés, comme la machine-outil en France ou l’automobile au Royaume-Uni (avec des exceptions évidemment).

L’industrie d’armement française est peu spécialisée. On peut dire, sous bénéfice d’inventaire :

  • Qu’elle contrôle totalement la filière nucléaire.
  • Qu’elle est présente dans une très grande partie de l’aérospatial militaire : avions d’arme, avions de transport, hélicoptères, satellites, lanceurs, ravitailleurs…Elle a abandonné les gros-porteurs, les avions écoles et les drones, mais a réalisé le Neuron.
  • Qu’elle est présente dans toute la construction navale, des vedettes aux porte-avions et des sous-marins à propulsion classique aux SNA et aux SNLE.
  • Qu’elle est présente, malgré de grosses difficultés, dans le secteur de l’armement terrestre, sauf pour les munitions et les armes de petit calibre.
  • Qu’elle est capable de fournir les poudres et explosifs aussi bien pour les armes que pour les missiles.
  • Qu’elle est enfin présente dans à peu près tous les sous-secteurs de l’électronique (matériels et logiciels), y compris même certains composants.

Ceci, bien sûr, soit seule (comme pour la filière nucléaire), soit en coopération avec les industries européennes similaires, comme pour les hélicoptères.

On peut se réjouir de cette situation. On peut aussi se demander si elle est stable ou si des choix devront être faits dans un avenir plus ou moins proche.

Quels secteurs ou sous-secteurs ? Quand ? Comment ?

Pour mémoire, ce sujet constitue une suite logique au sujet « Technologies de souveraineté » traité en 2016.

 

4 – L’Iran  : risque ou opportunités ?

L’histoire des 70 dernières années de l’Iran est une succession de ruptures : en 1946 une tentative de démembrement du pays par l’URSS, en 1953 un affrontement du Premier Ministre Mossadegh avec les compagnies pétrolières anglo-saxonnes ayant abouti à une victoire de celles-ci, à partir de 1973 une occidentalisation à marche forcée orchestrée par le Chah, en 1979 la prise du pouvoir par l’Ayatollah Khomeiny, entre 1980 et 1990 la guerre contre l’Irak, et depuis 2005 les dissensions majeures de l’Iran chiite avec les puissances sunnites, en premier lieu l’Arabie Saoudite ont provoqués des guerres civiles en Irak, Syrie et Yémen.

C’est l’accession potentielle de l’Iran à la puissance nucléaire qui a, de la volonté des USA, relégué l’Iran dans la liste des pays voyous. En 2015, l’abandon de ses ambitions nucléaires a permis le retour du pays dans le concert des nations. Mais cet accord a placé l’Iran au centre du jeu du Proche-Orient, et en fait un acteur incontournable pour un possible règlement des conflits en Syrie et au Yémen. L’Iran est donc au centre du Grand jeu entre la zone indo-pakistanaise, les pays arabo-sunnites et la Russie qui ne partage pas les mêmes objectifs géopolitiques, mais sûrement les mêmes adversaires.

A cette situation géopolitique complexe, plaçant l’Iran en contact avec l’Asie Centrale, dont l’Afghanistan,s’ajoute un quasi-protectorat sur la majorité chiite de l’Irak et un « parrainage » des populations de confession chiite enclavées dans les pétromonarchies à majorité sunnite.

Depuis 10 ans, la place stratégique de l’Iran, face à l’émergence de nouvelles menaces, s’est affirmée. La politique extérieure iranienne se veut plus ambitieuse ; elle a entraîné dans son sillage une industrie locale de défense qui pourrait même devenir un exportateur d’armement.

L’Iran de 2016, malgré l’émergence de troubles politiques intérieurs, veut s’affirmer comme une puissance majeure.

Le GR « Iran » aura à répondre à des questions prégnantes :

  • Quels sont les atouts et les handicaps de sa société iranienne, de son économie ?
  • Quel rôle joue-t-elle, et est-elle appelée à jouer  dans la mondialisation des échanges ?
  • Pourrait-elle, à l’horizon d’une quinzaine d’années, jouer un rôle prépondérant au Moyen Orient ?
  • Dans un monde globalisé, l’Iran et les pays de l’UE individuellement ou en tant qu’unité politique sont-elles des partenaires, des concurrents ?
  • L’Iran, exemple de bonne sortie du statut d’état voyou ?
  • Quel rôle entend-elle jouer dans la diplomatie régionale et mondiale ?
  • L’Iran est-il un gage de stabilité ou un ferment d’instabilité régionale ?
  • L’Iran doit entamer un vaste programme de modernisation de ses Forces Armées, affaiblies  par près de 20 ans d’embargo.  La France pourra-t-elle accéder à ce marché ?
  • Comment devraient évoluer les relations de la France et de l’UE avec l’Iran en matière diplomatique, économique, industrielle, et en particulier dans le domaine des hautes technologies et l’armement (coopération, partenariat stratégique) ?

5 – Le terrorisme

Les réflexions menées en 2015-2016 par le GR 8 sur le terrorisme d’origine internationale ont débouché sur une analyse d’ensemble, restée générale. Il serait maintenant utile de creuser quelques points clefs en vue de conclusions plus précises.

Une observation majeure est que le terrorisme est un affrontement dans le champ de l’esprit, encore davantage que les conflits asymétriques auxquels nos sociétés ont été confrontées depuis la fin de la guerre froide : l’impact d’un attentat sur la vie de tous et l’opinion des dirigeants est largement supérieur à celui d’actes de guerre ayant fait, dans le passé, des victimes en nombre comparable. La lutte contre cette menace suppose en conséquence une approche spécifique. Ainsi, au-delà des mesures immédiates prises par les autorités en place, des actions en profondeur apparaissent indispensables dans la durée, avec un double objectif : d’une part faire obstacle aux causes premières, aux arguments et moyens utilisés par des organisations malveillantes pour susciter des vocations d’assassins ou de martyrs au sein d’une frange de la population ; d’autre part élaborer des mesures permanentes de vigilance, avec les moyens associés, acceptables pour l’ensemble des citoyens et efficaces contre un ennemi diffus et mal identifié, sans remettre en cause nos valeurs fondamentales. Ce sont ces actions qu’il convient maintenant de définir plus précisément et de rendre applicables.

Or cette définition nécessite d’énoncer au préalable, avec un niveau de détail suffisant, des principes susceptibles de recueillir un consensus large et durable dans la société française compte tenu de son environnement, en particulier européen, et de sa situation démographique : comment concilier l’ouverture au monde et à ses évolutions avec la préservation d’une identité historique à laquelle beaucoup sont légitimement attachés ? Plus concrètement, quelle attitude vis à vis de la diversité des religions et des cultures, des communautés qui se sont constituées de fait ou qui tendent à s’affirmer ? Quel effort  demander à nos concitoyens et quelles règles fixer pour l’accueil de réfugiés ou de migrants qui se pressent aux portes de l’Europe ? Comment combiner concrètement liberté, égalité, fraternité, humanité, sécurité laïcité ?

Beaucoup a déjà été dit ou écrit. La réflexion reste à poursuivre pour élaborer ou développer des conclusions opérationnelles. Les anciens du CHEAr peuvent légitimement y contribuer comme tous citoyens. Sur ces bases, ils seront particulièrement bien placés pour formuler des recommandations sur la contribution que peuvent et doivent apporter les institutions et les entreprises du domaine de la défense et de la sécurité. Une attention particulière pourrait être portée à l’Agence européenne de défense. Par ailleurs, les actions envisagées devront naturellement prendre en compte l’évolution encore attendue des technologies et des pratiques dans les domaines de la communication, de la surveillance et du renseignement. Enfin, il conviendra évidemment de tirer les conséquences de la situation internationale et de ses évolutions marquantes qui pourront être constatées au cours de cette étude.

 

6 – Les entreprises de services de sécurité et de défense (ESSD)

Un rapport parlementaire du 14 février 2012 soulignait que les ESSD sont devenues des acteurs incontournables de la sécurité internationale. La France ne dispose pas d’un secteur de taille comparable aux pays anglo-saxons. Pour autant, des acteurs sérieux et solides existent et les autorités semblent désormais souhaiter l’émergence d’acteurs de grande taille, à même de compter dans la compétition. La protection contre la piraterie maritime a ouvert la voie. En tant que client, l’Etat devra adopter une stratégie d’ensemble pour accompagner la structuration du secteur et légiférer. La France peut construire un modèle qui lui soit propre, susceptible de s’élargir à une approche commune aux Etats européens, pour être en mesure de peser sur l’organisation de ce secteur d’activités stratégique au niveau mondial, en y soutenant les valeurs qui sont les nôtres. Cette démarche relève désormais de l’urgence, alors que le monde avance sans attendre la France.

Quelles missions pour les ESSD à l’extérieur (OPEX, opérations de l’ONU, …) et sur le territoire national (contre le terrorisme,…)

Quels armements pour ces ESSD ?

Quelle organisation industrielle ?

Quelle contribution à l’exportation française (dans le continuum sécurité-défense) ?

 

7 – La sécurité dans la 3ème dimension

A côté des traditionnels avions et hélicoptères, des aéronefs innovants, pilotés ou automatiques (ULM, drones, …), ouvrent des opportunités pour de nombreuses applications aériennes professionnelles (industries, services) ou privées (loisirs, …).

Ces développements multiples dans l’espace aérien peuvent être détournés vers des utilisations malveillantes (aérotransport de drogue, d’immigrés illégaux, libération de prisonniers, survol de centrales nucléaires, …), générer des risques (chutes accidentelles, collision avec des avions de transport, …) et être sources de menaces (attentats terroristes, …).

La réglementation et la législation évoluent ; comment trouver un équilibre entre le développement rapide de ce secteur (industriel et commercial) et le maintien d’un haut niveau de sécurité ? Des réflexions ont été conduites par le SGDSN.

Le contrôle d’accès aux aéronefs est limité aux plateformes publiques (aéroports).

L’armée de l’air est chargée de la « police du ciel ».

Une protection particulière est mise en place pour de grands événements internationaux : conférences (G8, G20, COP21 …), championnats sportifs (Euro 2016…), expositions (une « bulle de protection aérienne » contribuait à la sécurité du salon du Bourget)…

La réponse actuelle, de type défense aérienne, à base d’avions d’armes, de tireurs embarqués sur hélicoptères ou de systèmes sol-air, est à la fois lourde, surdimensionnée ou inadaptée eu égard à de nombreuses situations.

Quelle organisation et quels moyens/systèmes/armements mettre en place pour assurer la permanence et l’ubiquité de la surveillance de la 3ème dimension et de la neutralisation des aéronefs dangereux ?

 

8 – Quelles Forces Spéciales françaises en 2020-2025 ?

Les Forces Spéciales françaises sont parmi les plus performantes au monde avec les anglaises et les américaines notamment. Elles sont de plus en plus largement employées, et s’appuient fondamentalement sur les facteurs foudroyance, furtivité, ingéniosité, souplesse… souvent rendus possible par des technologies de pointe. Quels moyens faut-il leur allouer pour conserver leur rang et leur « coup d’avance » en 2020-2025 ?

 

9 – La défense européenne post-Brexit

La décision historique des Britanniques (ou du moins des Anglais) de quitter l’Union Européenne va-t-elle changer quelque chose aux perspectives, par ailleurs atones, de la défense européenne ? A s’en tenir à des considérations purement factuelles, on pourrait penser que non : le Royaume-Uni ne participait  que du bout des lèvres à la construction de la dimension européenne de la défense, voire lui faisait obstruction, et son retrait pourrait donc au contraire ouvrir des possibilités jusqu’ici figées. Mais il était aussi, à part à peu près égale avec la France, la principale puissance militaire européenne, et son départ prive dont l’Union d’un potentiel militaire et industriel de premier ordre.

Pour ce qu concerne ses relations avec la France, il avait fait le choix d’une relation stratégique purement bilatérale, concrétisée par les traités de Lancaster House. Cette relation stratégique ne devrait pas être affectée par le brexit, au moins en première instance.

Cependant, le départ du Royaume-Uni va avoir des conséquences de grande portée, qui vont créer un tout nouveau contexte général pour les relations politiques, économiques et industrielles entre ce pays et le reste des partenaires au sein de l’Union. Le secteur de la défense ne pourra y échapper.

Quelles sont les perspectives ? Le brexit marque-t-il la fin définitive du projet européen en matière de défense, ou au contraire ouvre-t-il des opportunités nouvelles à saisir ? Comment réorganiser les relations stratégiques, militaires et industrielles avec le Royaume-Uni dans ce nouveau contexte ? Quel peut-être l’impact sur nos relations avec le reste de nos partenaires significatifs au sein de l’Union,  c’est-à-dire pour l’essentiel l’Allemagne et l’Italie ?

Telles sont quelques-unes des questions, non limitatives, que le groupe de travail sera invité à explorer.

 

 

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